Vous ne pouvez gérer ce que vous ne pouvez mesurer. – vieil adage de management

Vous ne pouvez gérer sans plaisir. – Leo Babauta

Note : cet article est une traduction de l’article Untrack: Letting Go of the Stress of Measuring de Léo Babauta. C’est donc lui qui s’exprime dans le “je” de cet article !

MesuresIl y a quelques vieux adages de management qui semblent être un courant important de notre société, qui font fonctionner notre travail et nos vies personnelles : « Vous ne pouvez gérer ce que vous ne pouvez mesurer », « Vous êtes ce que vous mesurez » et « Vous obtenez ce que vous mesurez ».

Et j’y ai adhéré moi-même. À différents moments, j’ai calculé précisément les exercices, les kilomètres parcourus, tout ce que je mangeais, chaque petite tâche que j’accomplissais, la progression vers mes objectifs, mon poids, mon pourcentage de graisse corporelle, combien de jours par mois j’avais fait une habitude, les mots écrits chaque jour, les livres que j’avais lus, les dépenses, les recettes, les dettes, les visiteurs sur mon site, les clics sur les publicités, les tweets, les followers, et encore et encore. Parfois j’ai calculé plusieurs de ceux-là en même temps.

Je ne suis pas le seul – il y a des gens qui calculent les plus petits détails de leur vie, des battements cardiaques au nombre de pas marchés ou d’heures de sommeil (ainsi que la qualité de ce sommeil) ou d’emails envoyés. Notre société dans son ensemble calcule et mesure plus que jamais auparavant.

Quelle est la théorie derrière tout ça ? Et est-ce vrai ? Et est-ce nécessaire ?

La théorie derrière la mesure est que tant que vous ne mesurez pas quelque chose vous ne savez pas si cela devient meilleur ou pire. Vous ne pouvez pas gérer et améliorer si vous ne mesurez pas pour voir ce qui s’améliore et ce qui ne le fait pas.

Et jusqu’à un certain point, c’est vrai.

Si vous mesurez combien d’heures vous passez à écrire, il est fort possible que ce nombre se mette à augmenter, tout simplement parce que vous le mesurez, que vous en être plus conscient, plus concentré dessus, et motivé par l’augmentation de ce nombre. Si vous mesurez le nombre de kilomètres courus, ce nombre aura des chances d’augmenter (jusqu’à ce que vous vous blessiez ou fassiez un burnout).

Mais comment mesurer les côtes que vous montez pendant ces kilomètres, ou les sursauts de vitesse que vous avez faits à l’occasion, ou le plaisir de la vue ? Comment mesurer les supers conversations que vous avez eues avec votre moitié pendant que vous courriez avec ? Comment mesurer les idées que vous avez eues en chemin, les bienfaits de la course sur votre santé, les nouveaux endroits que vous explorez ? Vous pourriez essayer de calculer toutes ces choses, mais alors vous mesureriez 20 trucs au lieu de simplement mesurer les kilomètres parcourus.

Il en va de même avec le travail – vous pouvez mesurer 1 ou 10 éléments de productivité, mais est-ce que cela mesure les relations que vous avez bâties avec vos lecteurs ou vos clients, ou le plaisir que vous avez pris à faire ce travail, ou les choses que vous avez apprises en faisant des erreurs, ou la pure joie que vous avez eue en rendant la vie de quelqu’un d’autre meilleure ? Allez-y, essayez de mesurer ça.

Quand vous calculez un paramètre, comme des heures ou des dollars ou des kilomètres, vous dites que c’est plus important que toutes les choses qui ne peuvent pas être mesurées. Vous le mettez en avant dans votre esprit comme la chose qui doit être améliorée, quel que soit le prix vis-à-vis des autres. Mais qu’en est-il des relations et du plaisir ? Est-ce moins important ?

Et puis il y a d’autres problèmes avec le fait de tout mesurer et tout calculer :

  • Cela prend du temps de mesurer et de calculer – c’est du temps qui a de la valeur et que vous pourriez dépenser pour faire des choses ou vivre.
  • Cela crée comme état d’esprit que nous devons toujours nous améliorer, toujours mesurer, toujours gérer les choses, toujours aspirer à mieux, mieux, mieux. Et qu’en est-il du faut d’apprendre à être content de vous alors ? De vous concentrer sur le plaisir et la compassion et les gens que vous aimez ? Quand s’arrête cette amélioration ? Serons-nous satisfaits un jour ? Et est-ce le but de la vie – de s’améliorer sans fin, de toujours rendre les choses meilleures, et de ne jamais être heureux de là où nous en sommes ?
  • C’est stressant de mesurer et de calculer beaucoup de choses, et c’est décevant si ces nombres n’augmentent pas, ou pas autant que nous l’espérions.
  • Nous devons choisir quoi mesurer, et comment savons-nous que nous choisissons la bonne chose à mesurer ? Pourquoi est-ce que cette chose en particulier est la seule qui importe ? C’est une façon très étroite de voir la vie.
  • Cela n’améliore pas le bonheur. Cela ne nous permet pas de trouver le contentement. Cela ne nous garde pas dans le moment présent.

Je pourrais continuer encore et encore. Mesurer et calculer sont des outils, et il n’y a rien de mal à les utiliser. Je les ai évidemment utilisé de nombreuses fois, et je les recommande toujours à beaucoup de gens. Je pense simplement que nous devrions envisager des possibles alternatives, et interroger notre dogme, et faire des expériences pour voir ce qui fonctionne le mieux pour nous.

Sortez du lot : une autre façon de travailler et de vivre

Alors comment allez-vous travailler et vivre si vous ne calculez pas et ne mesurez pas ? Ma femme Eva m’a demandé cela aujourd’hui pendant que nous courrions – elle veut vraiment faire le suivi de ses courses (distance, durée et rythme) pour pouvoir être motivée par le fait de s’améliorer et de continuer. Je lui ai dit que ce n’était pas nécessaire.

Prenons l’exemple d’une mère et d’un père – mesurons-nous toutes les activités que nous faisons en tant que parents, de sorte à rester motivés par le fait de nous améliorer et à continuer à le faire ? Mesurons-nous :

  • Les câlins faits
  • Le temps passé à lire pour les enfants
  • Le temps passé à préparer les repas pour eux
  • À soigner leurs bobos
  • À les amener à l’aire de jeux ou au parc
  • À jouer à cache-cache avec eux
  • À les aider à se doucher ou à s’habiller
  • À leur apprendre de nouvelles choses
  • À se blottir contre eux ou à paresser ensemble

Et ainsi de suite. Non, nous faisons simplement tout cela et plus encore. Pourquoi ? Comment est-ce possible de faire tout ça sans la motivation du calcul ?

C’est simple : nous faisons ces choses parce que nous aimons les faire, et que nous aimons nos enfants.

Nous sommes aussi motivés par le fait de mieux apprendre à être parents, pour voir si il y a de meilleures façons de faire les choses, pas en mesurant et en calculant, mais parce que nous aimons être parents et que nous voulons être de bons parents. Aucun calcul n’est nécessaire.

Et la course alors ? Ne pouvons-nous pas courir pour le plaisir ? Ne sommes-nous pas motivés pour le faire simplement parce que nous nous aimons ? Et qui se préoccupe que nous courrions plus de kilomètres ou pas ? C’est un objectif arbitraire qui ne signifie vraiment rien. Courez simplement parce que c’est super amusant, pour profiter de la nature et des jolies vues, pour le plaisir simple mais infini de la conversation avec quelqu’un que vous aimez.

Et le travail ? Allons-nous soudainement cesser de faire quoi que ce soit parce que nous ne le mesurons pas ? Je dirais que non.

Je travaille depuis un petit moment maintenant sans rien calculer, et surprise, mon travail continue. Je le fais parce que cela me procure du plaisir. Je le fais parce que je vous aime tous, mes chers lecteurs, et je le continuerais sans être payé et ce même si les chiffres quels qu’ils soient que je voudrais mesurer chutaient brutalement et disparaissaient. C’est pourquoi nous faisons les choses, pas parce que nous voulons que les chiffres soient meilleurs. Les chiffres sont sans importance, arbitraires, limitatifs, étroits, et sans cœur.

Faites-le par amour pour ce que vous faites, par amour pour les autres. C’est impossible à mesurer, et cela change profondément la vie.

 

Crédits photo : ahmet_ozgur

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10 commentaires on Sortez du lot, ou comment se débarrasser du stress des mesures

  1. ERIC dit :

    Encore un bon article clin d’oeil comme on les aime . Marrant; j’ai appris aujourd’hui que des gamins mesuraient … leur zizi !
    La mesure la plus importante que j’ai connu, c’est à l’hôpital quand on vous demande d’évaluer la douleur !
    Est – ce une forme de sagesse de refuser de mesurer ? Ses pas, ses mots, ses efforts etc?
    Enfin, en déhors de J.O. évidemment …

  2. Camille dit :

    Cruellement exact :1er exemple dans le monde du travail avec la « gestion des performances », mesures et réunions empiriques, qui, pour cerner et augmenter la productivité ramènent tellement de lourdeur qu’elles en tue la spontanéité, les rapports directs et la motivation.
    Deuxième exemple : à l’école. Tout est si bien décortiqué sur l’acquisition des savoirs que parents et enseignants en perdent le rapport à l’essentiel : l’être humain qu’est l’enfant.

  3. Antoine dit :

    D’accord avec Leo Babauta, mais avec une réserve, qu’il mentionne d’ailleurs : il est déjà passé par le stade de la mesure et du calcul et sa vie en a certainement été structurée.
    Et désormais, cela doit être beaucoup plus facile pour lui de s’en libérer aujourd’hui.

  4. anthony dit :

    Mais qu’est ce que c’est vrai!
    La course a pied est un bon exemple, tout comme dans la vie, on cours on cours mais on oublie de souffler! : )
    Et qu’on ce le dise l’esprit de compétition est un bon serviteur mais un mauvais maître!

    Décidément je commence à bien l’apprécier ce blog, c’est la vitamine qu’il me manquait dans mon petit dej! : )

  5. Emmanuelle dit :

    Comme cela peut faire du bien de lire un texte qui propose d’aimer et vivre sans compter.
    La vie telle, qu’elle nous est proposée aujourd’hui, peut vider, anéantir, déstructurer, épuiser …
    L’essentiel est dans l’instant présent, la perfection de l’instant …
    VIVRE TOUT SIMPLEMENT
    Emmanuelle

  6. betty dit :

    écrivez vous des articles, je ne lis que des traductions !!!!!!

  7. MarinaB dit :

    merci à Léo de remettre en question toutes les mesures qui s’avèrent rapidement enfermantes,c’est dire qu’elles peuvent fermenter un petit « enfer ». Elles parasitent et empêchent même parfois une approche plus intuitive, plus sauvage des choses qui nous relie à la vraie vie, où la seule mesure est dans l’appréciation totale de ce que nous faisons , dans cette capacité à aimer inconditionnellement et à apprendre de tout.

    Merci à toi Olivier pour nous traduire et nous faire partager.

  8. Valls dit :

    ça tombe bien, je n’ai jamais trop su calculer……

  9. valerian dit :

    Je suis assez d’accord avec cet article, mesurer c’est à la foi prendre du recul,être réaliste et évaluer ses possibilités.
    Pour tout projet la mesure est essentielle sans mesure ni évaluation c’est l’échec quasi assuré.
    « La vie n’est que mesure, elle frôle la symphonie »
    Valérian

  10. valerian dit :

    Attention toutefois à ne pas tout mesurer quand même car cela peut vite devenir problématique, nous sommes des êtres humains avant tout et pas des machines mais jaugé est une bonne chose, après c’est comme tout c’est le juste milieu le plus dur à trouver.

    Voilà salut à tous.

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